lundi 21 novembre 2011

Témoignage anonyme d'une personne basée à Mayotte

Témoignage anonyme d'une personne basée à Mayotte, à propos de la crise actuelle à laquelle nous avons fait référence à la première de Bouche à Oreille.

Mayotte est donc devenue département au printemps 2011 mais le processus doit se dérouler sur plusieurs années.
Ici, rien n'est pareil:
- il y a des droits de douane prélévées par le Conseil Général sur tous les produits qui entrent à Mayotte
- les cotisations sociales sont différentes
- les caisses de sécurité sociale et de chomage sont propres à Mayotte
- le salaire minimum et les prestations familiales sont inférieurs aux montants de métropole et le RSA n'existe pas encore (il était prévu de l'instaurer à partir de janvier 2012 mais avec un taux de 20% au début et évoluer ensuite)
- il n'y a pas d'impots locaux


Je pense que c'est la hausse importante des prix qui est à la base de la crise que vient de traverser Mayotte mais je crois surtout que c'est le prétexte qu'ont choisi les leaders syndicaux pour faire pression sur le gouvernement de façon que ce dernier institue le RSA au même taux qu'en métropole dès le premier janvier 2012 et non progressivement comme il était prévu de le faire, et d'ailleurs , le président du Consell Général a soutenu largement le mouvement en exhortant la foule à manifester davantage.


Cela a donc débuté fin septembre par des manifestations contre "la vie chère". Il est exact que le prix des denrées est très élévé et que la plupart des familles ne peut se nourrir correctement.
Ces manifestations étaient d'abord concentrées sur Mamoudzou qui la plus grande ville de l'ile, puis le mouvement s'est déplacé vers la zone industrielle de Kaweni qui est le poumon économique de Mayotte,le but étant de paralyser la circulation puis toute l'économie; et cela s'est propagé ensuite sur toutes les deux iles qui forment Mayotte : Grande Terre et Petite Terre:
- barrages sur les routes en abattant une centaine d'arbres centenaires et nourriciers( manguiers) ou en y trainant toute sorte de détritus et carcasses de voitures, et ce , même en ville.
- les commerçants qui souhaitaient malgré tout travailler ont été contraints de fermer leurs boutiques sous la menace des manifestants
- il y a eu de nombreux affrontements avec les forces de l'ordre envoyées pour dégager les accès et permettre aux gens de se déplacer et venir travailler, ce qui fait qu'au bout de trois semaines, l'ile était complètement paralysée et la population ne pouvait même plus se ravitailler ni accèder aux soins, ce qui devenait inquietant, surtout pour les personnes agées et les familles avec des enfants en bas âge.
Et malheureusement , en marge de ces manifestations, il y a eu de nombreuses exactions commises par des éléments incontrôlés par les organisateurs:
- pillages et incendies de plusieurs magasins
- "caillassage" des voitures des forces de l'ordre et des métropolitains
- vols et viols
- et dernièrement,après avoir vandalisé un grand hotel , d'autres éléments incontrôlés ont menacé avec des machettes et détroussé un groupe de 13 touristes qui pique-niquaient sur une plage.
Pendant ce temps , le préfet de Mayotte avait entamé des négociations sur la baisse des prix de denrées de première necessité avec la grande distribution et les représentants syndicaux, ces derniers ayant finalement récusé le préfet comme interlocuteur et demandé à la ministre de l'Outremer d'envoyer quelqu'un d'autre (le véhicule du préfet a même été caillassé alors que ce dernier sortait d'une interview à la TV mahoraise).
Il y a donc eu ensuite un" médiateur "envoyé sur place et qui a fait tout un rapport sur les prix réels pratiqués à Mayotte et les diminutions possibles mais cela n'a toujours pas plu aux leaders syndicaux qui ont réclamé un autre interlocuteur. Est arrivé ensuite un" négociateur "en la personne d'un ancien préfet de Mayotte, qui a repris les discussions et fait des propositions aux diverses parties sous forme de protocole d'accords.
Mais ,les responsables syndicaux ont refusé de signer ces accords estimants que la hausse des autres produits nons répertoriés rendait caduques les propositions et qu'il fallait s'en expliquer auprès de la population et reprendre ensuite de nouvelles dicussions .
Ils ont cependant suspendu le mouvement de grève après 7 semaines de façon que la vie economique puisse reprendre et que l'ile ne soit pas complètement asphyxiée... Mais jusqu'à quand?

Il est à noter que les politiques et les médias de métropole ont été particulièrement discrets sur les évènements de Mayotte et je pense que l'on peut même parler de censure.

Madame la ministre est venue à Mayotte au moment des premières discussions avec le préfet et elle a annoncé que la demande des Mahorais était prise en compte et que les familles les plus démunies bénéficieraient de bons de réduction de 5 € sue les 10 produits de première nécessité.
Ella a ensuite envoyé le médiateur qui a fait son rapport sur les prix puis le négociateur pour reperndre les discussions et élaborer un protocole d'accords qui n'a finalement pas été signé mais qui reste néanmoins valable dès que les diverses parties voudront bien apposer leurs signatures


Je n'ai pas une connaissance suffisante pour faire une analyse pointue , mais ce que j'ai vu , entendu et lu pendant ces 7 semaines me laissent à penser que Mayotte ne s'en relèvera pas et ne vivra que de subsides de l'Etat:
- beaucoup d'entreprises ont ou vont fermer du fait de la paralysie de l'ile, on parle de près de 3000 emplois détruits, et même des personnes installées depuis plusieurs générations à Mayotte n'ont qu'une idée en tête, aller s'intaller ailleurs car Mayotte est devenu un lieu de" non droit".
- le tourisme a lui aussi beaucoup souffert et les exactions commises envers les touristes et certains équipements risquent fort d'hypothèquer les années futures puisque Mayotte misait essentiellemnt sur le tourisme et , ce ne sont pas les 350 000€ que réclame l'office du tourisme au gouvernement qui relanceront la confiance , sauf si la vérité est déformée.
- de plus , beaucoup d'enseignants ne veulent pas prolonger leurs contrats et d'autres qui avaient envisagé de venir sur Mayotte annulent leurs demandes; il y aura donc probablement pénurie d'enseignants à l'été prochain et , lorsque l'on sait que le niveau actuel des élèves est très inférieur à celui de la métropole , on ne peut que s'inquièter de l'avenir de cette jeunesse innombrable qui n'aura ni éducation , ni formation, ni travail...
Cette inquiétude est d'ailleurs abordée dans le Mayotte Magazine d'octobre-novenmbre-décembre 2011 au travers de divers articles sur la délinquance , l'illettrisme et les difficultes des élèves.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire